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Les 'Gaîtés' de la tranchée : poétique historique du rire romanesque de la Grande Guerre (1914-1939)

Nicolas Bianchi (UGent)
(2021)
Author
Promoter
Marie-Ève Thérenty and (UGent)
Organization
Abstract
La lecture des corpus combattants de la Première Guerre mondiale réserve une surprise de taille : la place considérable qu’y tient le rire, sous toutes ses formes ; motif de l’hilarité soldatesque (triomphante ou douloureuse), saynètes comiques et portraits cocasses, personnages de loustics et de bouffons, interférences discursives plaisantes (boutades, histoires drôles, reparties) et dispositifs tonaux ou énonciatifs (fausses naïvetés, burlesque, grotesque). Paradoxal de prime abord, le constat paraît prendre sens à l’aune d’une poétique historique confrontant le récit fictionnel à l’ensemble des « discours sociaux » de l’époque : presse, arts, poésie, lettres, témoignage ou artisanat. Car si cette approche permet, en matière d’usage du rire, d’éclairer les spécificités esthétiques du roman et de la nouvelle dans la textualisation des expériences combattantes (« configuration » et mise en intrigue de récits que leur déficit fictionnel et la caducité du personnel épique semblait condamner à un ennuyeux ressassement), elle éclaire également l’ampleur des enjeux que ces genres partagent à cet égard avec d’autres discours et supports. Ces enjeux sont tout à la fois éthiques (restitution testimoniale des rires du front – qui appelaient une histoire sensible du phénomène), politiques (déréalisation et esthétisation de la violence, alimentation du bourrage de crâne, construction d’un mythe du « gai poilu », etc.) et socio-économiques (perpétuation des sociabilités et des industries du rire Belle Époque, influence de la veine troupière et de l’expérience de la caserne dans l’appréhension puis la représentation du vécu guerrier, etc.). En appréhendant à l’aune de ces questionnements et sur le temps long (1900-1939) un corpus d’une soixantaine de récits fictionnels d’auteurs variés (Céline, Cendrars, Giono, Delteil, Giraudoux, Dorgelès, Barbusse, Mac Orlan, Benjamin, etc.), mis en regard avec d’autres productions écrites (articles de presse, correspondances, témoignages, chansons, écriteaux du front, etc.), ce travail vise à montrer comment les écrivains-combattants jouèrent de ces rires de guerre pour sémantiser et politiser leur vécu guerrier, en opérant un travail permanent de familiarisation et de « défamiliarisation » du lecteur avec leur expérience martiale. Partiellement idiosyncrasique, cette dernière s’inscrivit très largement, à partir de 1929, dans un « métarécit tragique » où le rire n’avait plus guère de place majeure et qui conditionne aujourd’hui encore notre perception du conflit. Mais avant cette date, l’expérience combattante put au contraire alimenter massivement de ses rires cette croyance dans le Progrès humain, ce métarécit humaniste de la Modernité que la « culture de guerre » avait accaparé et remanié dans une veine nationaliste ; elle put aussi s’incarner dans un certain nombre d’expérimentations romanesques au sein desquelles le genre paraît avoir trouvé la voie de son rire propre. L’hypothèse explique l’importance des rires du corpus avant le tournant pacifiste des années 1920, mais aussi l’éviction qu’ils connurent par la suite, ainsi que la faiblesse, sur l’ensemble de la période, des rires contre la guerre, qu’un certain nombre de contraintes construites par le champ (consentement massif des intellectuels, censure et autocensure, pressions éditoriales, etc.) tendit d’ailleurs à conforter.
Keywords
grande guerre, rire, humour, satire

Citation

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Bianchi, Nicolas. Les “Gaîtés” de La Tranchée : Poétique Historique Du Rire Romanesque de La Grande Guerre (1914-1939). Université Paul-Valéry Montpellier III ; Universiteit Gent. Faculteit Letteren en Wijsbegeerte, 2021.
APA
Bianchi, N. (2021). Les “Gaîtés” de la tranchée : poétique historique du rire romanesque de la Grande Guerre (1914-1939). Université Paul-Valéry Montpellier III ; Universiteit Gent. Faculteit Letteren en Wijsbegeerte, Montpellier, Frankrijk ; Gent, België.
Chicago author-date
Bianchi, Nicolas. 2021. “Les ‘Gaîtés’ de La Tranchée : Poétique Historique Du Rire Romanesque de La Grande Guerre (1914-1939).” Montpellier, Frankrijk ; Gent, België: Université Paul-Valéry Montpellier III ; Universiteit Gent. Faculteit Letteren en Wijsbegeerte.
Chicago author-date (all authors)
Bianchi, Nicolas. 2021. “Les ‘Gaîtés’ de La Tranchée : Poétique Historique Du Rire Romanesque de La Grande Guerre (1914-1939).” Montpellier, Frankrijk ; Gent, België: Université Paul-Valéry Montpellier III ; Universiteit Gent. Faculteit Letteren en Wijsbegeerte.
Vancouver
1.
Bianchi N. Les “Gaîtés” de la tranchée : poétique historique du rire romanesque de la Grande Guerre (1914-1939). [Montpellier, Frankrijk ; Gent, België]: Université Paul-Valéry Montpellier III ; Universiteit Gent. Faculteit Letteren en Wijsbegeerte; 2021.
IEEE
[1]
N. Bianchi, “Les ‘Gaîtés’ de la tranchée : poétique historique du rire romanesque de la Grande Guerre (1914-1939),” Université Paul-Valéry Montpellier III ; Universiteit Gent. Faculteit Letteren en Wijsbegeerte, Montpellier, Frankrijk ; Gent, België, 2021.
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En appréhendant à l’aune de ces questionnements et sur le temps long (1900-1939) un corpus d’une soixantaine de récits fictionnels d’auteurs variés (Céline, Cendrars, Giono, Delteil, Giraudoux, Dorgelès, Barbusse, Mac Orlan, Benjamin, etc.), mis en regard avec d’autres productions écrites (articles de presse, correspondances, témoignages, chansons, écriteaux du front, etc.), ce travail vise à montrer comment les écrivains-combattants jouèrent de ces rires de guerre pour sémantiser et politiser leur vécu guerrier, en opérant un travail permanent de familiarisation et de « défamiliarisation » du lecteur avec leur expérience martiale. Partiellement idiosyncrasique, cette dernière s’inscrivit très largement, à partir de 1929, dans un « métarécit tragique » où le rire n’avait plus guère de place majeure et qui conditionne aujourd’hui encore notre perception du conflit. Mais avant cette date, l’expérience combattante put au contraire alimenter massivement de ses rires cette croyance dans le Progrès humain, ce métarécit humaniste de la Modernité que la « culture de guerre » avait accaparé et remanié dans une veine nationaliste ; elle put aussi s’incarner dans un certain nombre d’expérimentations romanesques au sein desquelles le genre paraît avoir trouvé la voie de son rire propre. L’hypothèse explique l’importance des rires du corpus avant le tournant pacifiste des années 1920, mais aussi l’éviction qu’ils connurent par la suite, ainsi que la faiblesse, sur l’ensemble de la période, des rires contre la guerre, qu’un certain nombre de contraintes construites par le champ (consentement massif des intellectuels, censure et autocensure, pressions éditoriales, etc.) tendit d’ailleurs à conforter.}},
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